Travaux manuels: Enjeux educatifs

Pourquoi tricoter, broder et coudre dans les écoles Steiner-Waldorf?

La main, organe des sentiments et de la volonté.
Dans le mouvement des bras et des mains, l’Homme se manifeste de différentes manières. Ses gestes reflètent toujours des vécus intérieurs. On perçoit directement l’expression qui traduit les émotions et les sentiments, mais également la réflexion, l’acquiescement et le refus (…).

Chaque apprentissage d’habileté manuelle comme écrire ou tricoter, est soumis à des conditions différentes. On doit sentir par le toucher qu’on a suffisamment en main le crayon ou l’aiguille à tricoter. Il faut avant tout une conscience sensorielle des mouvements des mains et des doigts grâce au « sens du mouvement ». L’enfant fait d’abord l’expérience de comment il doit écrire les lettres ou comment obtenir en tricot de nouvelles mailles.
Il a une représentation du mouvement; mais l’exécution lui donne du mal parce qu’il n’a pas encore fait appel à sa volonté. C’est la raison pour laquelle il contrôle surtout de l’extérieur, avec ses yeux, le déroulement du mouvement. L’entraînement aidant, les mouvements suivent de plus en plus facilement les représentations du mouvement. La volonté est l’objet d’un processus de développement. Car, si l’enfant a acquis l’habileté, la procédure du mouvement, dont il n’avait avant qu’une représentation, est devenue un attribut de la volonté.

Lorsque l’enfant apprend une des disciplines manuelles il se déroule des processus bien déterminés entre le cerveau de l’enfant et ses mains, et réciproquement. L’enfant forme ses représentations du mouvement dans certaines régions de la moitié antérieure du cerveau (dans ce qu’on appelle l’aire prémotrice et l’aire motrice supplémentaire). L’on a pu constater que cette zone était davantage irriguée par le sang si l’on se représente un certain mouvement.

Si l’enfant prend la décision d’une activité de ses mains et doigts (…) l’activité volontaire est alors mise à feu (…). Concomitamment, les mouvements excercent une influence sur le cerveau. Le sens du toucher et le sens du mouvement, notamment des mouvements délicats et subtils que doivent réaliser les mains et les doigts, ont un rôle décisif sur le développement cérébral.

Depuis peu, des chercheurs, à l’instar du neurologue Franck R. Wilson, ont découvert que le développement de la main humaine au cours de l’évolution a été un facteur décisif pour le développement du cerveau et les fonctions spirituelles de l’homme (…). Si des enfants ne sont pas incités à exercer leurs doigts ainsi que le potentiel créatif des muscles de leurs mains, on manque de développer chez eux une compréhension du rapport spirituel aux choses, on entrave le développement de leurs forces esthétiques et créatrices.

A quel genre de pensée appartient donc, par exemple, l’intelligence immanente à l’activité du tricot ?

Le fruit en est un tissu d’un seul tenant auquel ont conduit les mouvements des mains et des doigts, faisant en sorte que chaque nouvelle maille soit liée « intérieurement » à la précédente à laquelle elle doit son existence. L’intelligence du tricot vit dans les mouvements moteurs subtils et habiles grâce auxquels chaque nouveau rang naît de la juste liaison avec les autres rangs. Quelle influence une telle activité a-t-elle sur la pensée ? Le souhait d’accomplir chaque pas en lien avec les précédents dans le but dominant de réaliser un ouvrage devient une évidence. L’élaboration de cette pensée peut être qualifiée de saine parce qu’elle a surmonté ses faiblesses intérieures.

Extrait du Bulletin de juin 2015 de l’école Rudolf Steiner de Verrières-le-Buisson