Des vertus du tir à l’arc pour préparer le BAC

Le tir à l’arc est proposé dans notre école en 8ème classe pour des élèves de 14 ans, mais aussi en 13ème lorsque les étudiants entament à l’âge de 18/19ans un parcours intensif d’une année, dévolue à obtenir leur examen du BAC ; c’est l’aspect focalisation et concentration sur un but qui a motivé le corps enseignant à introduire cette activité au cours de cette année qui sollicite toutes les forces des étudiants dans ce cursus particulier pré-examen.

Cette période de tir pour les plus grands est une transformation de ce qui a été acquis en 8ème; elle a pour but de les aider à mobiliser leurs forces pour développer toutes les aptitudes à atteindre un but, avec calme et concentration: c’est l’essence même de cette pratique qui se conjugue avec ce que les autres enseignants tentent de leur apporter tout au long cette année cruciale de leur scolarité.

Le module proposé en fin d’année avant l’examen se décline en deux parties : tir intuitif puis kyudo.

LE TIR INTUITIF

Nous l’exerçons dans la grande salle de l’école.

Les bases du tir occidental sont réintroduites; pour rappel le « tir intuitif » (ou instinctif) s’exerce avec un arc « nu » sans aucun accessoire de visée; l’archer est renvoyé à ses seules facultés intérieures de calme, d’équilibre, de vision, de projection vers la cible.

Durant ces exercices nous partons de tirs très larges pour arriver à une concentration sur un point de plus en plus petit et précis, alternant le tir classique avec des aspects ludiques.

Tout le monde a en soi l’image de la posture des tireurs dans les épreuves olympiques, mais détrompez-vous, nous avons développé aussi une autre approche: les étudiants font en plus l’apprentissage de tirs en mouvements issus des situations de combat, de chasse ou de tir équestre, postures dont rendent comptent l’iconographie ou la statuaire de civilisations passées; donc ils ne tirent pas toujours debout et immobiles mais aussi en mouvement, dans des mises en scènes parfois complexes.

Nous finissons par viser des cibles en mouvement ce qui développe une autre forme d’attention et de concentration : on raconte à ce propos que des chasseurs des peuples premiers de la forêt, imbattables pour tirer une cible mouvante comme un oiseau, étaient par contre incapables d’atteindre une cible immobile comme les occidentaux en avaient l’habitude.

Nous ne nous figeons pas dans une posture, mais nous cherchons à développer la mobilité physique et intérieure, ainsi que la faculté de répondre avec la rapidité de l’éclair à des situations inattendues. J’ai développé ce corpus spécifique de positions pour notre école qui privilégie pédagogiquement l’apprentissage par le mouvement.

Quelle différence avec l’apprentissage en 8ème ?

D’abord l’ambiance de travail est très différente avec de jeunes adultes autonomes; ensuite nous faisons beaucoup plus appel à leur individualité; l’on peut aussi travailler la prise de conscience de certains centres énergétiques en le verbalisant,  pendant les échauffements ou le tir (une approche ignorée dans les apprentissages tels qu’ils sont pratiqués de nos jours). Ces différences vont aussi apparaître dans le deuxième chapitre qui suit ce moment en 13ème : le Kyudo.

Tous nos remerciements à l’association du cirque qui promeut les projets liés au mouvement dans l’école et qui a permis la mise en place du matériel spécifique à cette activité.

LE KYUDO

J’ai tenu à apporter ce deuxième volet en parallèle à l’arc occidental; abordés d’une certaine façon ils se rejoignent et se complètent.

Photo : élève de 13ème 2016

Le tir à l’arc japonais est appelé « Kyudo » c’est-à-dire la  « voie de l’arc ».

Pour cette nouvelle pratique nous changeons de lieu et allons au dojo de Plan-les-Ouates ; peu de gens le savent mais il existe en Suisse seulement deux dojos consacrés au kyudo conçus exactement comme au Japon, l’un à Bülach près de Zürich, l’autre … à 5mn à vol d’oiseau de l’école Steiner de Confignon, quelle chance!

Il est divisé comme au Japon en deux bâtiments, un premier espace dévolu au tir où les archers peuvent évoluer en développant la gestuelle et le marcher, puis en face à 28 mètres, un autre bâtiment plus modeste abritant la ciblerie (on peut donc tirer par tous les temps); entre les deux une pelouse bordée d’arbres où volent les flèches.

Les étudiants descendent au dojo à pied depuis l’école en moins de 15mn. Ils adhèrent immédiatement à l’ambiance empreinte de sérénité et à l’apprentissage des gestes et des déplacements.

Tous le matériel de tir est très différent: un arc en bambou impressionnant dissymétrique de plus de 2 mètres; cet arc n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde; lors de la décoche, il pivote de 360 degrés dans la main de l’archer, venant en fin de course toucher l’extérieur de son bras gauche; la main de flèche porte un gant en peau de cerf, les flèches, traditionnellement en bambou, sont empennées de plumes d’oiseau de proie, l’archer porte une tenue vestimentaire spécifique; le kyudo n’est pas une question de force, il est ouvert à toutes et à tous quelles que soient les capacités ou l’âge.

Le tir ne se résume pas au lâcher de flèche mais inclut tout un rituel: depuis la façon d’entrer dans l’espace, le marcher vers les lignes de tir, la mise en place de chaque geste d’une lenteur impressionnante, jusqu’à la sortie de l’espace de tir, sans parler de moult détails, la tenue, les saluts etc…

Le tir lui-même se déroule en 8 phases distinctes et consécutives ; l’archer apprend et suit cette succession très structurée et codifiée en la réalisant avec précision et harmonie.

Les démonstrations se font individuellement ou en groupe; tout y est observé et travaillé dans les moindres attitudes et postures pour acquérir un tir parfait ; le but de cet art martial conçu comme une voie intérieure est de développer la vérité, la bonté, la beauté…tiens, voilà aussi un concept développé dans la pédagogie Steiner tout au long de son propre cursus.

S’adonner au Kyudo est l’affaire d’une vie; l’aborder en un laps de temps aussi court est une véritable gageure, pourtant nos étudiants ont fait preuve d’une qualité d’acquisition, une mobilité, une rapidité d’adaptation et de mémorisation de processus complexes qui ont étonné les enseignants.

On pourrait longtemps gloser si en Kyudo on doit viser la cible ou faire preuve de lâcher prise, mais de l’aveu des étudiants les deux modules de tir à l’arc ont atteint leur but pour ce qui est d’accompagner leur concentration vers l’examen.

Nous remercions l’école d’avoir soutenu ce projet, le comité du dojo Kyudo kaï de Plan-les-Ouates pour sa collaboration, son accueil attentionné de nos jeunes dans ses locaux, ainsi que Charles-Antoine Masset pour l’enseignement qu’il y prodigue.

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