Interview de Camille Cuvit, Conseillère Sociale

Interview réalisée par François GAUTIER

J’entre dans le petit bureau du sous-sol, jadis conçu pour des douches, puis devenu le bureau de direction de l’école : c’est là que Madame Cuvit travaille les jeudis.

Vous êtes l’assistante sociale de l’école ?

Pas exactement, je suis conseillère sociale pour les élèves.

Oui, l’école a créé un espace d’écoute pour les soucis que les élèves du secondaire peuvent avoir : relations, prévention, rejet, harcèlement, addictions, orientation professionnelle,…

Je reçois à la demande des élèves.

A deux reprises, on frappe à la porte : un garçon puis deux filles souhaitant chacun un entretien.

J’ai le projet de faire des ateliers d’orientation professionnelle, par ailleurs je fais partie la Commission Santé de l’école

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai travaillé 14 ans dans un foyer pour enfants placés par le Service de Protection des Mineurs (SPMi). J’ai eu beaucoup d’intérêt à ce travail, où je m’investissais beaucoup. Mais pour finir j’ai eu l’impression d’en avoir fait le tour, j’ai eu besoin de changer. Il y avait beaucoup de souffrance.

Quelle souffrance ?

Souffrance chez les parents dont les enfants devaient être placés. Vivant souvent dans la précarité, la solitude ; des êtres fragiles. Souffrance également des enfants qui doivent vivre en communauté avec des professionnels et d’autres enfants qu’ils n’ont pas choisis. Ils sont contraints de quitter leur milieu familial, leurs amis, leur quartier… La vie en institution est difficile. À cela s’est ajoutée la politique de l’État, qui a mis en place davantage de prise en charge à domicile pour que le placement devienne le dernier recours. Je pense que c’est une excellente chose, mais du coup les enfants qui joignaient le foyer étaient ceux qui avaient les situations familiales les plus complexes, avec un parcours de vie souvent difficile. J’ai donc choisi de développer une activité de manière indépendante en tant que médiatrice familiale, avec quelques activités complémentaires, dont celle que j’exerce ici.

Quelle a été la réaction à votre présence ?

N’étant là que les jeudis, j’en suis à mes débuts. Je me suis présentée aux élèves dans leur classe, et j’ai fait une enquête anonyme d’où me sont venus de nombreux petits billets. Les jeunes ici me semblent très preneurs. Il y a à gérer le stress chez certains, des soucis d’amitié, des questions pour leur futur…

Les élèves saluent ma présence en commentant :

« C’est bien ! »

Comment avez-vous découvert l’École Steiner et pourquoi l’avez-vous choisie ?

J’ai souvent entendu parler de l’école Steiner, j’ai plusieurs connaissances qui ont eu leurs enfants ici et qui en étaient très contentes. J’aime aussi l’idée de respecter le rythme de l’enfant et son individualité ainsi que l’importance donnée au rapport à la nature. De plus j’étais intéressée de découvrir une structure indépendante de l’État, où tout est compartimenté. Ici, je trouve une structure plus petite, où les discussions se font en direct, où règne une certaine ouverture ...

Avez-vous une autre activité complémentaire ?

Oui, je travaille au Point Rencontre, qui est un lieu de médiatisation pour l’exercice des droits de visite. Les jugent ordonnent que l’un des parents voie son enfant au sein du Point Rencontre. En tant qu’intervenante, j’essaie de faciliter la relation parent-enfant. À côté je suis également chargée de formation pour les adultes en cours d’emploi qui souhaitent devenir Assistants sociaux éducatifs (ASE). J’interviens pour donner certains modules.

Je quitte le petit bureau, me disant : Tiens, garçon, il y a des lustres, aurais-je été frapper au bureau d’une élégante dame, conseillère sociale ? Non, puisque le seul bureau auquel j’aurais pu m’adresser était celui d’un « doyen » imposant et grave.

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